La revue parlementaire – Le monde de l’intérêt économique n’est pas l’ennemi de la préoccupation collective – 2006

Entretien avec Jean-Marie Caillaud, Président et Gaëtan Chauderlot, Secrétaire Général

Pouvez-vous nous présenter LA BULLE ?

La Bulle a été créée en mars 2001 par un petit groupe d’amis des secteurs privé et public qui se rencontraient régulièrement, pour partager le plaisir d’échanger et, quand l’occasion se présentait, pour s’entraider. Au fur et à mesure de ces rencontres, les membres du groupe se sont rendus compte que la nature des liens qui les unissaient rendait leurs collaborations extrêmement efficaces et percutantes. Progressivement, un véritable système d’entraide et de coopération basé sur l’estime s’est développé. Il a conduit à une extension très significative de la base des contacts mais dans le strict respect de l’état d’esprit initial. De ce constat est née une association, un Cercle jouant un rôle de bulle de décompression et de détente pour ces managers, agents publiques et collaborateurs d’élus. Loin du formalisme qui caractérise de trop nombreux clubs, la Bulle se distingue par la simplicité, le respect, l’humilité et revendique un statut d’association apolitique. L’élitisme de la Bulle réside davantage dans les qualités humaines, que dans la valeur des postes occupés par ses membres.

Combien de membres à ce jour ? Quelle est la répartition entre la sphère privée et la sphère politique ?

Aujourd’hui, le Cercle La Bulle a dépassé les 600 membres issus de secteurs d’activité très variés et compte un listing de 1 200 sympathisants susceptibles d’enrichir ces rendez-vous. Fait rare et exceptionnel, 50% des adhérents viennent du secteur public et 50% du secteur privé. La plupart sont de jeunes actifs de 30 à 40 ans, énarques, membres de cabinets, hauts fonctionnaires, assistants parlementaires, cadres supérieurs d’entreprises du privé. Ces hommes et ces femmes sont de véritables travailleurs de l’ombre qui conseillent les décideurs les plus importants du monde de la politique et de l’industrie. Dans l’échange et l’attention, la mixité public-privé permet de franchir les barrières culturelles qui d’ordinaire séparent ces deux mondes en France.

Un article récent de la presse nationale vous présentait comme un cercle d’influence de premier plan… qu’en est-t-il vraiment ?

Si l’influence se quantifie par la qualité de ses membres dans leur degré de participation à l’élaboration de la décision, alors oui La Bulle est un cercle d’influence non négligeable. Mais pour nous, notre force réside plutôt dans notre capacité à faciliter les échanges et la compréhension mutuelle entre deux mondes habituellement si différend en apparence, la sphère publique et le monde du privé. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que ces deux univers gagnent à mieux se connaître tant en terme de fonctionnement qu’en terme de compétitivité ou de performances. Nous sommes atterrés de voir qu’entre le Public et le Privé, les regards sont souvent ceux des chiens de faïence. L’état d’esprit qui règne à La Bulle permet de franchir les barrières culturelles qui séparent malheureusement ces deux mondes dans notre pays et qui l’empêche de se réformer pour continuer à compter dans la compétition économique internationale. Quand nos lobbyistes français et nos politiques comprendront, comme c’est le cas à La Bulle, que le Public et le Privé peuvent échanger sans pour autant se corrompre, nous aurons alors fait un très grand pas !!!

Vous accueillez régulièrement de prestigieux invités. Comment la sélection s’opère t-elle ?

Il n’y a à priori aucune sélection sauf celles de la SIMPLICITE et du RESPECT. Nous partons du principe que tous les sujets, toutes les expériences peuvent nous enrichir dans notre quotidien comme dans les projets qui nous intéressent, qu’ils soient d’ordre privé ou professionnel. Les invités sont sollicités soit par ce qu’ils ont une actualité intéressante, soit parce que nous pensons qu’ils ont un discours faits de convictions et une expérience qui permet de les illustrer.

Sur quelles thématiques portent vos échanges ?

Les thèmes sont très variables et découlent de ce que nous demandent et nous proposent nos membres. Car à la Bulle, ils sont tous acteurs de la vie de l’association. Celui qui apporte une proposition devient de facto chef de projet et travaille avec ceux qui sont intéressés par le sujet. Il n’y a pas de mauvais thèmes dès lors que l’intervenant est un passionné et que le sujet attise la curiosité.

Comment se déroule concrètement un diner-débat ?

En général, la soirée se déroule en trois temps. Premier temps, un apéritif qui permet aux adhérents de se « reconnecter » et de faire connaissance avec les nouveaux venus. Deuxième temps, la présentation de l’invité, son intervention et les questions-réponses. Le troisième temps est consacré aux adhérents et a été pensé pour eux. Il sert à échanger sur tous les sujets que les membres souhaitent aborder entre eux, soit en tête à tête, soit en petits comités. Cela est facilité par la remise d’une liste des présents et de leurs fonctions en début de repas.

Que pensez-vous du travail parlementaire ?

Il est par essence l’âme même de notre démocratie et de son expression. Il se doit donc d’être préservé et mis en valeur. La réforme engagée répond à ces préoccupations tout en proposant une véritable modernisation de son fonctionnement. En tant que praticien nous ne pouvons que nous féliciter du travail mené avec les deux chambres, qu’il s’agisse des parlementaires, de leurs collaborateurs ou des personnels administratifs. La force de proposition, la compétence technique, la réactivité des personnels permettent aujourd’hui de répondre avec efficacité aux enjeux d’une démocratie moderne et partagée. Seul souhait sans doute, que l’inquiétude, la méfiance parfois qui s’attachent aux relations entre les Elus de la Nation et les tenants du secteur privé s’estompent. Non qu’il s’agisse de subordonner l’intérêt particulier à l’intérêt général, mais simplement de penser que le monde de l’intérêt économique n’est pas l’ennemi de la préoccupation collective.

Lien vers le facsimilé :

La Bulle La Revue Parlementaire n°913 ..